Dans La journée d’un journaliste américain en 2889, Jules Verne imagine non seulement le quotidien d’un homme vivant mille ans après lui, mais porte un regard critique sur son temps, le XIXe siècle, en l’envisageant depuis une époque future.

Le procédé est simple : le futur paraît normal à celui qui l’habite, tandis que le présent de l’auteur devient soudain étrange, archaïque ou même difficile à croire.

Illustration futuriste de La journée d’un journaliste américain en 2889

Le texte de Jules Verne

Avant d’écrire, observez comment le texte transforme le XIXe siècle en passé lointain et presque invraisemblable.

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Les hommes de ce XXIXe siècle vivent au milieu d’une féerie continuelle, sans avoir l’air de s’en douter. Blasés sur les merveilles, ils restent froids devant celles que le progrès leur apporte chaque jour. Tout leur semble naturel. S’ils la comparaient au passé, ils apprécieraient mieux notre civilisation, et ils se rendraient compte du chemin parcouru.

Combien leur apparaîtraient plus admirables nos cités modernes aux voies larges de cent mètres, aux maisons hautes de trois cents, à la température toujours égale, au ciel sillonné par des milliers d’aéro-cars et d’aéro-omnibus ! Auprès de ces villes, dont la population atteint parfois jusqu’à dix millions d’habitants, qu’étaient ces villages, ces hameaux d’il y a mille ans, ces Paris, ces Londres, ces Berlin, ces New-York, bourgades mal aérées et boueuses, où circulaient des caisses cahotantes, traînées par des chevaux, — oui ! des chevaux ! c’est à ne pas le croire !

S’ils se représentaient le défectueux fonctionnement des paquebots et des chemins de fer, leurs collisions fréquentes, leur lenteur aussi, quel prix les voyageurs n’attacheraient-ils pas aux aéro-trains, et surtout à ces tubes pneumatiques, jetés à travers les océans, et dans lesquels on les transporte avec une vitesse de quinze cents kilomètres à l’heure ? Enfin ne jouirait-on pas mieux du téléphone et du téléphote, en se disant que nos pères en étaient réduits à cet appareil antédiluvien qu’ils appelaient le « télégraphe » ?

Chose étrange ! Ces surprenantes transformations reposent sur des principes parfaitement connus de nos aïeux, qui n’en tiraient, pour ainsi dire, aucun parti. En effet, la chaleur, la vapeur, l’électricité, sont aussi vieilles que l’homme. À la fin du XIXe siècle, les savants n’affirmaient-ils pas déjà que la seule différence entre les forces physiques et chimiques réside dans un mode de vibration, propre à chacune d’elles, des particules éthériques ?

Puisqu’on avait fait ce pas énorme de reconnaître la parenté de toutes ces forces, il est vraiment inconcevable qu’il ait fallu un temps si long pour arriver à déterminer chacun des modes de vibration qui les différencient. Il est extraordinaire, surtout, que le moyen de passer directement de l’un à l’autre et de les produire les uns sans les autres ait été découvert tout récemment.

C’est cependant ainsi que les choses se sont passées, et c’est seulement en 2790, il y a cent ans, que le célèbre Oswald Nyer y est parvenu.

Jules Verne, La journée d’un journaliste américain en 2889, 1889.

Observer le procédé

Verne décrit les réalités de son époque depuis un futur lointain : les villes, les transports ou le télégraphe deviennent des curiosités primitives. L’anticipation permet ainsi de regarder le présent autrement.

À retenir : dans votre texte, le futur doit paraître normal à votre personnage. C’est notre présent qui doit devenir étrange.

À vous d’écrire

La journée d’un élève genevois en 3020

Faites le même exercice que Jules Verne en rédigeant un texte intitulé La journée d’un élève genevois en 3020.

Dans ce texte, vous ne décrirez pas seulement le futur mais vous imaginerez ce qui, de votre vie quotidienne, pourra sembler étonnant à un habitant du XXXIe siècle.

Vous pouvez faire apparaître plusieurs aspects de la vie quotidienne : l’école, les transports, les communications, l’alimentation, la médecine, le travail ou les loisirs.